Plonger sous glace pour récupérer une motoneige

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Il y a quelques jours, mon ami Patrice m’a appelé pour me proposer une mission particulière.  Un type avait perdu une motoneige dans un lac, alors qu’il se promenait sur une glace beaucoup trop mince pour supporter un tel poids. Patrice voulait que je l’aide à retrouver le véhicule sous l’eau.

Appréciant ce genre de plans, j’ai tout de suite acquiescé à sa proposition!

Le Québec, c’est une terre froide.  Quoi qu’on en doute de plus en plus avec les hivers qui sont les nôtres depuis quelque temps, mais ça c’est une autre histoire, alors passons (pour l’instant).  Ceci pour dire que je plonge l’été, dans le Saint-Laurent, dans des eaux valsant bien souvent avec le point de congélation, et l’hiver, sous la glace, alors qu’il ne fait pas plus chaud!

Mais la plongée sous glace n’est pas une activité des plus simples.  Ça prend bien des outils pour percer efficacement le trou dans la glace.  Et ça prend un équipement de plongée en mesure de résister à un tel froid.  Qui plus est, il faut adapter nos façons de faire pour redoubler de prudence.  Parce que la plongée sous glace, à n’en point douter, c’est une activité risquée.  Le plongeur se retrouve dans un environnement froid, noir, sans accès direct à la surface.  Il doit prendre toutes les mesures pour ne pas se perdre sous la glace et se retrouver ainsi dans une situation où il n’aurait plus accès au trou de sortie.  La plongée sous glace exige formation, préparation et beaucoup de planification.

Patrice est un expert en la matière.  J’étais donc confiant.

La mission qu’on nous proposait, à Patrice et à moi, s’est déroulée à St-Alexis-des-Monts, dans les Laurentides.  La motoneige en question y a défoncé la glace à une bonne centaine de mètres du bord du lac.

Premier défi:  apporter tout le stock nécessaire à la plongée sous glace sur le site de l’incident.  Et pour y parvenir, il fallait bien évidemment oublier la motoneige que nous utilisions nous-mêmes pour nous rendre au bord du lac.  Un véhicule au fond du lac, c’était déjà bien assez!  Nous avons donc décroché le traineau qui se trouvait derrière notre motoneige pour la tirer à bras d’hommes jusqu’à l’endroit où nous devions plonger.  Déjà, nous versions des gouttes de sueur!  Et nous n’avions pas encore commencé à percer le trou!

Bien évidemment, nous avions au préalable pris la précaution de vérifier la solidité de la glace en nous rendant à pied jusqu’à l’endroit où nous devions percer la glace.  Par mesure de sécurité, nous avions aussi enfilé nos combinaisons étanches.  Ainsi, si nous devions défoncer la glace sous l’effet de notre seul poids, nous serions protégés de la froidure de l’eau.  Et nous flotterions.

Une fois tout l’équipement rendu sur place, nous avons percé la glace.  À la tronçonneuse.  Le trou devait être de forme triangulaire et respecter une dimension donnée.  Nous avons ensuite retiré les blocs de glace à l’aide de vis d’escalade et d’une hache.

Nous avons ensuite fixé les cordes qui devaient nous relier au trou (et à la surface donc) dans la glace, à quelques mètres de l’endroit où nous nous sommes mis à l’eau.  Encore une fois à l’aide des fameuses vis d’escalade.  L’autre bout de la corde était fixé à nos vestes de flottaison à l’aide d’un mousqueton qui ne pouvait s’ouvrir par accident.  Lorsque nous serions prêts à sauter à l’eau, les gars responsables de la gestion des cordes devaient venir nous rejoindre.  Ils attendaient jusque-là sur le bord du lac, où il faisait plus chaud.

Sous l’eau, nous avons découvert rapidement la très faible visibilité offerte par cet environnement lacustre.  Patrice et moi ne pouvions nous voir que si nous étions à moins de trois ou quatre pieds l’un de l’autre.  Nos puissantes lampes ne parvenant pas même à nous éblouir lorsque nous les pointions vers nos visages!

Nous avons effectué la descente et sommes tombés directement sur la motoneige qui se trouvait à 23 pieds de profondeur.  Nous l’avons attaché par l’arrière.  À l’aide de plusieurs noeuds.  Nous sommes ensuite remontés et avons fixé l’autre bout de la corde à un gros panneau de styromousse.  Cela permettra au propriétaire de la motoneige de repérer le bout de corde facilement lorsqu’il sera prêt à récupérer sa motoneige.  Il n’aura alors que quelques heures avant de l’envoyer au garage pour un nettoyage complet du bloc-moteur.  S’il attend trop, la corrosion s’installera.  Et le véhicule voguera de ce fait allègrement vers sa belle mort.

Et c’est ainsi que nous avons vécu cette aventure.

Je vous laisse en vous conseillant de ne jamais vous aventurer sur la glace si vous n’en connaissez pas avec exactitude l’épaisseur.  La glace qui brise peut engloutir des motoneiges. Comme nous l’avons vu.  Mais elle peut réserver le même sort à des humains !  Alors prudence.

 

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