Le Saguenay, c’est étrange!

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L’été dernier, j’ai réalisé un rêve.  Celui de plonger dans les eaux du majestueux Saguenay.

On m’avait abondamment parlé de cet endroit.  À quel point le fjord est encore plus beau sur l’eau qu’entre-aperçu de nos autos, sur la route.  Que c’était de la plongée bien spéciale qu’on y pratiquait.  Difficile qu’on me disait aussi.  On me parlait du courant qui est fort à cet endroit.  Certes, courant il y a.  Mais rien d’impressionnant à mon avis.  J’ai rencontré des courants beaucoup plus violents en Minganie ou à Anticosti.  Ou à Baie-Comeau, sur le rocher Comeau. Même à Cozumel, au Mexique.

À mon sens, la difficulté du Saguenay est ailleurs.  Elle réside plutôt dans le fait que la plongée qu’on y fait là-bas est strictement de nuit, même en plein jour.  C’est facile d’être désorienté sous l’eau lorsque tout est noir, à part ce qui se trouve dans le faisceau de sa lampe. Facile de perdre son binôme aussi.

Il faut savoir que le Saguenay d’eau douce coule sur le Saint-Laurent marin.  Les deux types d’eau ne se mélangent pas.  L’eau douce étant moins dense que l’eau salée, elle flotte sur cette dernière.  Dans le Saguenay, on parle d’une couche d’eau douce qui tourne aux alentours de 30 pieds de profondeur.  Ensuite, le plongeur se trouve dans de l’eau salée.

L’eau du Saguenay est trouble.  Elle absorbe par conséquent toute la lumière.  Lorsque le plongeur traverse cette couche, il a l’impression de se retrouver dans de la bière rousse.  Quand il atteint l’eau salée, la joie est de retour!  L’eau du Saint-Laurent y est cristalline!  Avec de bonnes lampes, on peut contempler les parois du fjord dans toutes leurs splendeurs.

Le plongeur qui s’aventure à cet endroit doit avoir de bonnes compétences de plongée de nuit.  Cela va de soi.  Il doit aussi parfaitement maîtriser sa flottabilité.  Et ce, en combinaison étanche.  De rares téméraires osent plonger là-bas en combinaison humide, mais ce n’est pas une bonne idée.  L’eau tourne autour du point de congélation.  La combinaison étanche est par conséquent de mise.  Et qui dit combinaison étanche dit espace aérien supplémentaire à gérer.  Et il est important de le faire à la perfection. Car on ne veut surtout pas assister à une remontée incontrôlée par cause d’une mauvaise purge de l’air qui se trouve dans la combinaison étanche.  Surtout que dans le Saguenay, la plongée est profonde; autre difficulté, donc.  On y plonge autour des 100 pieds de profondeur.  Remonter en balloune d’une telle profondeur, on ne souhaite pas ça.

L’autre difficulté, mais toujours liée à la flottabilité, c’est qu’il n’y a pas de plancher.  Sous les pieds, le plongeur se retrouve avec 800 pieds d’eau environ.  On s’entend qu’une dégringolade, à pareil endroit, aura des conséquences désastreuses pour le plongeur.

Cette difficulté, je l’avais franchement en tête lorsque j’ai plongé là-bas. Celle du non-plancher je veux dire. Pas que j’avais peur de tomber.  Mais j’avais tellement peur d’échapper une pièce de ma caméra, mon trépied, ou la caméra elle-même, et voir tout ça être avalé par les eaux noires.  En plongeant dans le Saguenay, cette idée obscure a occupé mon esprit trop longtemps.  Alors que normalement, en plongée, notre esprit se libère comme par enchantement.  Les problèmes disparaissant le temps de ces instants.  On ne pense à rien d’autre qu’au moment qu’on est en train de vivre. Et c’est ça qu’on veut.  Et certainement pas penser à la perte de sa caméra.

J’avais toutefois raison de m’inquiéter pour ma caméra.  L’un de nos camarades, de retour au zodiac, a vu l’une des personnes à bord échapper la caméra qu’il lui tendait. La caméra a pris la direction du non-plancher du Saguenay. Et adieu caméra!

Mais tous ces risques en valent franchement la peine.  Le Saguenay, c’est un endroit très étrange où plonger. Qui vous marquera à jamais dans votre carrière de plongeur. À cause de l’importante halocline qui plonge ce monde marin dans la nuit perpétuelle, les animaux des abysses – qui aiment la noirceur- y remontent des profondeurs encore très largement inconnues.  Ils se retrouvent de ce fait dans une zone où il est enfin possible de les voir en plongée-scaphandre.

Il ne faut toutefois pas s’attendre à une densité de vie comparable à celle qui caractérise le Saint-Laurent marin.  La vie dans le Saguenay, elle est plus éparpillée.  Et elle niche dans des sédiments volatiles qui ont tôt fait de s’envoler et de couper la vue du plongeur si celui-ci ne fait pas attention à ses mouvements.

Et cela serait dommage.  Car le plongeur pourrait ainsi passer à côté des gorgonocéphales, des cérianthes, des vers immenses, des hérissons des éponges qui le sont tout autant et qui se retrouvent tous là-bas  Ou encore rater les poissons-alligators qui y sont légion.  Ou pire:  manquer de vue l’extraordinaire sépiole.  Il s’agit d’une petite seiche du Saint-Laurent de la taille d’une balle de golf.

J’espérais vraiment observer cet animal mythique en me rendant au Saguenay.  En fait, c’était pas mal l’objet de mon voyage.  Et le sort m’a souri.  J’ai vu plusieurs sépioles.  J’ai même pu observer le changement de couleur de leur peau au gré des émotions qui les animent.  L’une d’entre-elles a même nagé jusqu’à moi pour s’accrocher à mes lèvres, tout juste à côté de mon détendeur.  Hallucinant!

Et le plus beau de l’affaire, c’est que j’ai pu emmagasiner bien des images; et que je n’ai pas perdu ma caméra dans les profondeurs noires du Saguenay.  Non, mais, c’est pas beau la vie !

Pour un bref aperçu de la plongée dans le Saguenay:

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