Anticosti: joyau du patrimoine mondial

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« Reine du Golfe! Terre de lumière! Clef du Saint-Laurent! Paradis de la chasse! Royaume vierge! Nef de verdure! Quelle litanie plus belle que celle de Richepin – et point blasphématoire – l’on pourrait te chanter, Anticosti! Mais quelle autre litanie, terrible et funèbre, l’écho pourrait renvoyer! Cimetière du Golfe! Île mystérieuse! Mégère des brumes! Ogresse insatiable! Terreur des marins! Pieuvre des naufragés! Arche de la faim! Mère du désespoir ! … Car Anticosti est tout cela. »  Voilà quelques vers qu’inspira cette île fantastique du golfe Saint-Laurent à l’éminent botaniste que fut le frère Marie-Victorin.

À l’heure où le gouvernement du Québec, en partenariat avec un privé toujours insatiable lorsque vient le temps de piller les ressources naturelles, se propose de faire des trous dans cette île unique pour y trouver du pétrole de schiste, il est bon de retourner aux propos de ceux – trop rares – qui l’ont étudiée avec sérieux et intelligence.

Dans sa Flore laurentienne, Marie-Victorin expliquait qu’une portion importante d’Anticosti était demeurée immergée au temps de la mer de Champlain qui recouvra toute la vallée du Saint-Laurent.  Cet isolement dans le temps permet de comprendre pourquoi on retrouve toujours aujourd’hui tant d’espèces endémiques sur cette île.  « Il y a lieu de croire que, pour Anticosti en particulier, le modeste plateau de l’intérieur, drainé par les rivières Jupiter, Galiote, Chicotte, etc., émergeait à l’état d’îlot à la période Champlain.  Couvert d’une végétation rabougrie, il devait servir de refuge aux plantes que nous considérons comme des épibiotes et que nous retrouvons aujourd’hui sur les graviers des rivières », écrivait le frère botaniste (Flore laurentienne, p 59).

Rappelons que le frère Marie-Victorin, malgré une santé fragile, a passé plusieurs saisons sur l’île d’Anticosti et en Minganie au début des années 1920 afin d’en étudier la flore.  Il fit la découverte de nombreuses espèces jusqu’alors inconnues, dont le fameux chardon de Mingan (cirsium minganense).  Cette espèce ne pousse que dans ce secteur du Saint-Laurent.

Plusieurs lui emboîtèrent le pas, mais certains avec des objectifs autres que la science et l’écologie.  De fait, dans les années 1930, des Allemands se proposaient d’en exploiter les ressources forestières.  Une levée de boucliers au Québec les empêcha de mener pareille entreprise nuisible à l’environnement de cette perle du golfe.

Aujourd’hui, Anticosti est à nouveau menacée par l’appétit du gouvernement Marois et des compagnies pétrolières qui espèrent exploiter cet écosystème si particulier.  Mais espérons qu’un mouvement d’opposition à leurs menées industrielles s’organisera à nouveau au Québec et permettra de préserver cette île unique de par le monde.

D’ici là, méditons les sages paroles des Marie-Victorin de ce monde.  Et des écologistes comme Pierre Dansereau qui a parcouru lui aussi cette île, à son époque.

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Patrick Bourgeois

Instructeur PADI

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